Cette déclaration peut être déclamée entre deux parenthèses démesurées, en divers lieux, pour certains temps :


déclaration d'indépendance de l' ( entre )



La parenthèse ouvre et referme un espace séparé, à l’écart de son contexte, indépendant et libre de s’accorder, de digresser ou de divaguer. Se plaçant et se déplaçant librement, elle a pour caractéristique fondamentale d’être mobile. C’est donc un espace de liberté potentielle, dans lequel tout devient possible puisque dans un écart : une marge mobile qui s’immisce à l’intérieur de différents corps.

Nous proposons d’arpenter, au pied de la lettre, ces potentiels nomadiques au-delà des territoires textuels, de déplacer à l’intérieur -et au-delà- des mots, des pages aux paysages : PA(YSA)GES.
Ce lien entre typo- et topo-graphie fait apparaître un grand potentiel de déplacement, qu'il nous reste à explorer.

Ne pouvant s’installer, devenir pleinement corps (du texte, et autres), la parenthèse campe des interstices qui la maintiennent dans une certaine précarité. L'instabilité perpétuelle de sa place, son éternelle suppressibilité lui confèrent de fait sa force critique.
Sa fragilité, sa propension à la gratuité, nous invitent à réinvestir et partager cet espace/temps en diverses expérimentations : des espaces interstitiels à arpenter…

L’entre entre ces parenthèses est ce par où tout passe, tout se passe et peut se déployer, il s’agit d’ouvrir depuis ces deux poteaux d’angle un espace de réflexivité du réel. Réflexivité dans le sens de miroir où ces lieux, celui à l’intérieur des parenthèses et celui à l’extérieur se découvrent à distance l’un de l’autre, se dévisagent, et par cette mise en tension, donnent à penser.

Nous campons ces positions, le campement étant la manière la plus propice à la prise de recul : simple, fonctionelle, légère et sobre. Depuis ces temps d'observation, nous pourrons ensuite passer à une phase plus active, utilisant les parenthèses dans un sens suppressif, pour porter un point de vue, pour modifier la fonction, la place des "choses" qui nous entourent, en les plaçant entre ces parenthèses. Ces actions simples, collectives, ont pour but d’écarter symboliquement ces choses cernées de leurs environnements —les suspendant— et invitent chacun à se questionner sur leur place dans le paysage…

Ces interventions, ou manoeuvres (dans les 3 sens de : mouvement sur le terrain, action tactique et manipulation ouvriée), sont l’occasion de réunir convivialement des gens autour d’une action commune.

En conséquence de ces remarques,
Nous, assemblés ici, vous prenant à témoin de nos bonnes intentions, publions et déclarons solennellement sans autorité :
que ces espaces ( entre ) sont des lieux libres et indépendants;
qu’ils sont des espaces qui cherchent à s’autonomiser du cours des choses bien qu’en rapport direct;
qu’ils doivent servir à prendre du recul, à observer, échanger, apprendre, expérimenter, de manière pacifique et constructive ;

C’est pleins d’une ferme confiance que nous nous engageons au soutien de cette Déclaration.